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Quatre approches collaboratives en construction

Approches collaboratives en construction

Les problèmes complexes rencontrés dans le domaine de la construction requièrent souvent une collaboration accrue afin d’être résolus. Ils sont rarement réglés par une seule réponse, mais plutôt par une multitude d’options.

Mais, ces réponses ne tombent pas du ciel ! Elles viennent des personnes qui choisissent de collaborer dans un but commun.

Si vous avez déjà travaillé avec une équipe multidisciplinaire, vous devez avoir réalisé que la collaboration émerge rarement d’elle-même. Une dynamique ou un cadre de travail augmentent significativement le taux de succès des approches collaboratives.

Les approches collaboratives permettent de prendre des décisions plus efficaces en favorisant une diversité de points de vue et d’opinions, des éléments de base à la créativité et l’innovation (réf.).

Les approches collaboratives en construction

Quelques approches collaboratives ont été appliquées plus spécifiquement au secteur de la construction. Nous vous en présentons quatre dans le cadre de cet article.

Processus de conception intégré

Le processus de conception intégrée (PCI) a pris forme il y a une vingtaine d’années à la suite du travail d’architectes canadiens et américains dans le but de concevoir des bâtiments performants sur le plan énergétique.

Le PCI est une approche de conception interdisciplinaire. L’ensemble des acteurs impliqués dans le projet sont réunis au cours des étapes de la conception des plans et devis. Ils élaborent ensemble des solutions optimales à chacune des disciplines.

Il s’agit d’un processus global qui se concentre autant sur la conception, la construction, l’exploitation que sur l’occupation d’un bâtiment. L’objectif est d’optimiser l’interaction entre les diverses disciplines pour éviter le travail en silo.

Le PCI se distingue du processus traditionnel de conception par son orientation vers la collaboration et par son mode itératif. La participation active de tous les acteurs du projet mène à la recherche consensuelle de solutions optimales, innovantes et durables.

 

 

Les organismes provinciaux et fédéraux préconisent ce mode de réalisation. La SQI, troisième plus grand donneur d’ouvrage au Québec, impose comme obligation de viser la certification LEED pour tous ses projets de 5 millions et plus.

Rappelons que le programme LEED (version 4) exige maintenant l’application du PCI comme préalable dans les projets d’établissements de santé et accorde un point de crédit aux autres projets pour l’emploi du PCI.

Design thinking

Popularisée par IDEO et la D School en Californie, la pensée créative (design thinking) est un processus de résolution de problèmes qui mobilise et concentre l’intelligence collective sur les différentes solutions à offrir en plaçant l’utilisateur au cœur de la démarche.

À l’image du processus de conception intégrée, cette approche itérative cherche à mobiliser l’ensemble des talents et des expertises afin de créer un climat propice à la collaboration, assurant ainsi la recherche de solutions optimales.

Adoptée par plusieurs grandes entreprises innovantes (Airbnb, Google, Apple, Walt Disney, IBM), la pensée créative utilise les outils du monde du design comme la narration (storytelling), l’esquisse, le prototypage, l’expérimentation pour créer des services, des produits ou des expériences recherchées et utiles, qui répondent aux besoins réels des utilisateurs.

Pour Tim Brown, président-directeur général d’IDEO et auteur du livre L’esprit design :

« la pensée créative permet d’accélérer le processus d’innovation pour créer de meilleures solutions en réponse aux défis vécus par les entreprises et la société.[1] »

Le milieu de la construction ne cesse d’évoluer et est de plus en plus confronté à des défis complexes :

  • mode de travail hybride,
  • adaptation des bâtiments pour faire face aux changements climatiques,
  • prise en considération du confort de l’occupant, etc.

Auparavant, les professionnels du bâtiment concevaient l’espace. Aujourd’hui, ils doivent le concevoir pour les personnes tout en tenant compte de la technologie et de l’espace, et ce, grâce à un processus de pensée cohérent.

Si le processus de conception intégrée implique tous les acteurs du bâtiment dès le début du projet, le design thinking, pour sa part, y ajoute les différentes parties prenantes, soit les utilisateurs du bâtiment dans sa démarche créative.

Le design thinking n’est pas clairement utilisé en construction au Québec. Cette démarche s’articule autour de cinq étapes clés, qui auraient avantage à être mises de l’avant pour permettre la construction de bâtiments qui répondent aux besoins et attentes réels des utilisateurs, comme l’illustre le schéma ci-dessous.

Le processus du design thinking
Adaptation de Marie-Andrée Roy, inspirée du modèle de Stanfort D School

 

Échanges avec les occupants, observations pour bien comprendre leurs défis et besoins, reformulation des problèmes rencontrés lors d’ateliers collaboratifs, préparation d’une carte de l’expérience utilisateur, prototypage rapide d’espaces, validation des prototypes auprès des personnes concernées avant de se lancer dans le projet de construction sont des exemples d’actions qui pourraient être réalisées lors d’un tel processus. Le principe même du design thinking étant d’échouer tôt pour réussir plus vite !

 

Agile

La méthode Agile, développée au départ dans l’industrie informatique, consiste principalement à décortiquer un grand projet en plusieurs petites étapes.

L’un des principaux objectifs est de produire plus rapidement des livrables de haute qualité (valeur) pouvant être constamment améliorés au fil du temps. Cette méthode offre aussi la possibilité de pivoter et de changer de cap rapidement en cas de besoin. Ceci permet de répondre efficacement à la nature dynamique des opérations de construction.

Les méthodes agiles intègrent la collaboration à chacune des étapes du processus itératif. Toutes les parties prenantes sont mises à contribution au long du projet pour l’améliorer et revoir la planification, l’exécution et l’évaluation.

Qu’il s’agisse de planifier les matériaux, de recruter de la main-d’œuvre, d’approuver des plans ou d’effectuer des tests de qualité, planifier certaines étapes en accélérations avec des échéances définies constitue un moyen efficace de démarrer certains projets de construction.

Dans une optique de collaboration, cette méthode permet de garder le propriétaire du projet engagé dans le processus. Elle garantit que les besoins des clients sont systématiquement intégrés au projet tout au long de son cycle de vie.

 

Lean

Selon l’Institut de Lean construction du Canada (Association canadienne de la construction), la construction Lean est une nouvelle approche pour définir, concevoir et construire un projet et s’appliquer à tout mode de réalisation.

Les principaux facteurs qui caractérisent la construction Lean sont les suivants :

  • Le contrôle : approche axée sur l’atteinte des résultats.
  • La performance : maximiser la valeur et minimiser les gaspillages.
  • La réalisation de projet : définie comme la conception simultanée de l’installation et de son processus de production (ingénierie simultanée).
  • La valeur : créée et réalisée tout au long du projet (adaptée selon la fluctuation des marchés, l’évolution de la technologie et les pratiques commerciales).
  • La coordination des actions : caractérisée par un flux tiré et continu.
  • La décentralisation : processus décisionnel qui repose sur la transparence, l’autonomisation et la responsabilisation.

Ce système d’exécution de projet est fondé sur la gestion de la production et il met l’accent sur la création fiable et rapide d’une valeur ajoutée.

Au Québec, le complexe hospitalier de l’Hôpital de l’Enfant-Jésus (HEJ) a été réalisé selon l’approche LEAN-LED design de façon à obtenir un meilleur alignement entre le besoin du client et la solution architecturale.

Cette approche de collaboration a permis d’inclure les parties prenantes lors de la définition de projet. Elle s’est concrétisée par la mise en place de cinq activités « Kaizen ».

Ces ateliers collaboratifs ont réuni jusqu’à 300 personnes (ministère de la Santé, le gestionnaire de projet, la direction clinique, les cliniciens, les patients, le comité de voisinage, etc.).

Une étude dans le cadre d’une thèse doctorale est d’ailleurs en cours sur les retombées de l’utilisation de cette approche.

 

Conclusion

Selon le designer Bruce Mau « l’espace entre les personnes travaillant ensemble est rempli de conflits, de frictions, de luttes, d’exaltation, de plaisir et d’un vaste potentiel créatif[2] ».

Si la collaboration est essentielle à la réussite des projets de construction, elle demeure aussi tout un défi ! Utiliser un processus, quel qu’il soit, nous permet toutefois de nous guider dans notre démarche de conception et nous donne un certain cadre de référence.

Les quatre approches présentées ne sont pas des recettes à suivre à la lettre. Elles fournissent plutôt aux équipes de travail une démarche de résolution de problème, ainsi que des outils pour concevoir de meilleurs projets, qui sauront répondre aux besoins et aux défis des utilisateurs.

Laquelle de ces méthodologies vous interpelle le plus ? Parlez-nous de vos projets réalisés en mode PCI, design thinking, Agile ou Lean.

Cet article a été rédigé en collaboration avec Marie-Andrée Roy, Conseillère stratégique | Design Thinking | Facilitatrice | Développement durable.

 

Références :

https://www.trilliumgroup.io/post/agile-construction-a-beginner-s-guide

https://www.pmi.org/learning/library/agile-software-applied-to-construction-9931

https://www.ntaskmanager.com/blog/agile-construction-project-management/

 

[1] Traduction libre de : “The space between people working together is filled with conflict, friction, strife, exhilaration, delight and vast creative potential.”

[2] Traduction libre de : “design thinking is about accelerating innovation to create better solutions to the challenges facing business and society”.

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